
Vous connaissez tous l’Ecole 42 créée par Xavier Niel et son concept de renversement pédagogique: pas de profs, évaluation peer to peer, autogestion temporelle des apprentissages, création de projets innovants, pédagogie communautaire…
Hier soir sur France 4 repassait le reportage Ecole 42, Born to code, sur ces étudiants immergés dans la piscine à coder durant des heures et à se dépatouiller pour comprendre comment cet éco système fonctionne.
Et là pafff… l’idée surgit… Une mini Ecole 42… au lieu de 4242 mètres carrés, 42 mètres carrés… the mini classe 42, born to blendlearn.
Il est clair que le parallèle entre les concepts pédagogiques de Xavier Niel et son équipe et ma manière de concevoir l’enseignement se rejoignent. Le code n’est, par contre, pas le leitmotiv de mon propos. Je réfléchis donc à penser un design de la rentrée des 13 élèves sous une forme quelque peu différente des années précédentes: une immersion directe, dès le lundi 24 août, dans la plateforme numérique Evernote et dans la réalisation de projets individuel et collectif par une tâche complexe.
6 d’entre eux connaissent et naviguent sur Evernote depuis 1 ou 2 ans, ils gèrent leurs propres projets, ils vivent leurs apprentissages et en sont les acteurs et producteurs, pas de surprise pour eux … quoique… tandis que les 7 autres n’ont jamais utilisé cette application, voire n’ont jamais touché un ordi ou une tablette de leur vie. L’hétérogénéité est donc à son maximum … tant dans ce qu’ils ont pu connaître auparavant, un enseignement dit traditionnel, que dans l’utilisation des technologies numériques. La personnalisation, l’entraide, le tutorat et la coopération sont donc les seules solutions pour entrer dans la matrice
Mais pour concevoir une telle entrée en matière, il est nécessaire de mettre en place un cadre structuré, des gardes fous et donc un accompagnement des plus pertinents et des plus bienveillants. N’oublions pas que ces jeunes sont dans l’enseignement spécialisé, il ne s’agirait pas de les faire décompenser dès le premier jour… alors même qu’ils sont porteurs de troubles des apprentissages et de la relation pour certains.
André Tricot précise bien que le numérique ne favorise pas l’autonomie.
L’autonomie n’est pas une résultante d’un apprentissage avec les technologies mais bien une compétence necessaire à la conduite d’apprentissages autorégulés.
Aussi l’utilisation des outils pédagogiques et des ressources numériques à leur disposition qui se trouvent au sein de la plateforme ne peut se faire qu’en tenant compte des compétences des apprenants ciblés afin d’adapter le niveau d’exigence d’autonomie à ceux-ci et /ou en réduisant ces exigences d’autonomie dans le cadre d’un accompagnement structurant et régulateur avec des outils adaptés tels que les prompts.
Des prompts servent à guider les processus d’apprentissages autorégulés en aidant à la mise en oeuvre de stratégies métacognitives, de stratégies d’élaboration et de stimulation mentale. (Apprendre avec le numérique, p.31-32)
Le Design Thinking de la plateforme est donc fondamental en terme didactique.
Et c’est bien le scénario pédagogique et didactique créé par l’enseignante qui va être l’élément clé, le déclencheur pour entrer dans une nouvelle élaboration psychique de leurs apprentissages.
Pour ce faire, la plateforme va être totalement repensée mais pas par l’enseignante : elle va être construite par les élèves, par le groupe, à partir de leurs besoins, à partir des besoins du groupe qu’ils devront identifier. Ils vont à partir d’une plateforme quasi vierge concevoir et retravailler toute la structure de leur futur environnement numérique en mettant les mains dans le camboui et ainsi s’approprier l’ergonomie d’Evernote. Bien sûr, des promtps créés par mes soins les guideront au fur et à mesure de leurs avancées. La tâche complexe sera un carnet à part entière. Il va leur falloir penser collectivement, négocier, argumenter, renoncer, prendre le lead, accepter d’être aidé pour avancer et aisni découvrir les subtilités et richesses de leur environnement de travail numérique… Bref ils vont nager dans une piscine dont le fond est modulable et être obligés de communiquer entre eux pour ne pas se noyer.
Pour que tout cela fonctionne, il est vital de partir d’un projet … CQFD … car on ne « code » pas un environnement juste pour « coder »… Mettre du sens! Toujours du sens! L’évènement du mercredi 26 août sera donc le fil rouge de ce projet collectif de construction: la #twictee! car les #twictonautes s’invitent à LUDOVIA pour faire leur rentrée : #U_Twictée, un projet porteur de projets, c’est pas beau ça!
Afin de comprendre Evernote, il est important de bidouiller et donc de se tromper. Pour ce faire, des capsules vidéos, des pas à pas et des mises en application concrètes vont les guider, les fameux prompts, des prothèses cognitives comme aiment à le dire Devauchelle et Tricot. Ils se serviront donc des notes intégrées dans le carnet tâche complexe classe 42, les ressources internes, pour créer un carnet #Fablab en lien avec les #twictees2rues, photos glanées durant les vacances sur Twitter, et rédiger les twoutils associés qu’ils enverront aux participants de Ludovia. Chaque « exercice », exemple: créer une note comportant les twoutils, sera évalué par les pairs et le résultat modifié par la suite.
Mais ce n’est pas tout! Comme je l’ai dit plus haut, cette plateforme se doit d’être leur outil principal de travail tant collectif qu’individuel, il s’agit de le penser en amont afin qu’il inclut leurs besoins et demandes, et ce selon la méthode du DT. Anticiper leurs propres besoins est donc une compétence à mettre en oeuvre dans ce processus de pensée. Ecore faut-il en être capable… or chacun a des compétences, donc leur mutualisation va leur faciliter la tâche. Je rapelle la méthode du DT à travers cette vidéo.
Etape 1 – Empathie : se mettre à la place du consom’acteur (eux mêmes!) et comprendre ses besoins.
Etape 2 – Définition : définir le problème à la source.
Etape 3 – Idéation : générer plusieurs idées pour solutionner le problème à travers un brainstorming.
Etape 4 – Prototype : choisir un (business) model…
Etape 5 – Test : lancer le projet et revenir dessus!!!
Pour qu’il y ait validation et prise de conscience de leur progrès, défaillances et manquements, une grille de compétences badgées leur sera dévoluée qu’ils rempliront au fur et à mesure de leurs avancées et découvertes. Celle-ci existe déjà construite au cours de l’année 2015 et expérimentée. Elle prend tout son sens en début d’année.
à tout bientôt pour la suite de ma réflexion….